Les raisons pour lesquelles je n’ai pas quitté le Japon : les radiations, la presse et le reste.

(Article translated by Ai Uchu. Merci!!)

(En Español aqui, in English here)

Tout d’abord, je voudrais demander aux médias internationaux d’arrêter de transformer la situation au Japon en un grand show et de l’utiliser pour vendre plus de journaux. De nombreux étrangers vivant au Japon ne parlent pas japonais et de ce fait, ils dépendent des informations délivrées à des milliers de kilomètres, informations qui s’avèrent erronés, trompeuses et/ou hors proportion, les amenant à paniquer.

J’ai reçu de nombreux appels et messages me demandant pourquoi je n’avais pas quitté le pays, pourquoi je ne m’étais pas réfugié plus au Sud, pourquoi je n’étais pas parti loin du Japon.

Et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de prendre la parole dans les médias et sur twitter, n’engageant que ma personne, afin de faire entendre, au jour le jour, la voix vive, dénuée de l’influence de tout intérêt quelconque, de ceux qui vivent ici.

Tous les médias d’information me posent la même question, donc j’y réponds ici.

Pourquoi n’évacues -tu pas loin des radiations et pourquoi ne quittes-tu pas le Japon?

De vivre un tremblement de terre, d’écouter ensuite et de voir surtout les informations sur le tsunami dévastateur, les incendies et maintenant la centrale nucléaire en train de brûler, tout cela peut faire paniquer. Même le gouvernement chilien avec le gouvernement colombien sont en train de mettre à disposition un vol pour évacuer leurs ressortissants vers le Chili. Hmmm, si c’était un vol aller-retour, j’en profiterai bien pour rendre visite à ma famille une semaine.

Je pense que beaucoup d’étrangers vivant au Japon ont paniqué à cause des actions même de chaque pays ainsi que les nouvelles exagérées délivrées par la presse étrangère.

En analysant toutes les informations et en les considérant d’un point de vue objectif, j’en conclus que je n’ai pas besoin de sortir de Yokohama, là où je suis, à 250km de la centrale nucléaire.

Voici ci-dessous un schéma que j’ai traduit de la page web du ministère de l’environnement japonais. (article)

Le plus important lorsqu’il s’agit de parler des centrales nucléaires et du danger des radiations, la première chose à comprendre sont les informations sur ces dernières mêmes. Beaucoup de médias tendent à ne pas fournir ces informations.

Lorsqu’il passe des nouvelles, ici ou bien à l’étranger sur les radiations émanant de la centrale nucléaire, deux terminologies sont utilisées pour parler de la même chose et ceci a pour conséquence d’embrouiller les téléspectateurs et les lecteurs.

Je me réfère au Sievert, l’unité de mesure des radiations. Certains parlent en miliSievert et d’autres en microSievert.

C’est la même chose que lorsque l’on parle en mètre et en kilomètres, 1km=1000m, de même, 1mSv = 1000μSv.

Certaines agences de presse utilisent le μSv pour rendre les chiffres plus grands même s’il est plus facile de parler en mSv. radiation-graph_FR2

Après avoir vu ce schéma et ensuite vérifier le niveau de radiations à Tokyo et Yokohama, (la plus haute mesure ayant été reportée le 17 Mars et était de 0.05mSv)

Et quand bien même ce que nous voulons tous éviter arrivait, i.e la fusion du cœur d’un des réacteurs de la centrale, alors le pire qu’il puisse arriver est la contamination par la radioactivité d’un périmètre de 30 à 80km autour de la centrale. Je pense qu’il est important également de se fier aux spécialistes et de lire entre autres le rapport du séminaire donné par John Beddington à l’ambassade du Royaume Uni à Tokyo.

Donnée intéressante : le niveau de radiation à Tokyo le 17 mars était de 0.04 mSv alors qu’il était de 0.25 mSv en moyenne en Italie (source). Conclusion, tutto bene in Giapponne.

Tout le monde porte des masques au Japon. Est-ce à cause des radiations?

Japoneses compram máscaras com medo do recente aumento no número de casos de influenza A no paísABSOLUMENT PAS. Au Japon, nous avons toujours porté des masques et ce pour trois raisons principalement :

1) Beaucoup en portent pour se protéger du pollen car ils y sont allergiques. Le printemps est presque arriver maintenant au Japon.

2) Beaucoup en portent par respect pour les autres. Si quelqu’un est malade, un rhume ou autre, au Japon, les gens portent un masque pour éviter de contaminer les autres. Ceci démontre un peu l’esprit japonais ; les gens se soucient de comment ils peuvent avoir un impact négative sur les autres même lorsqu’ils sont malades.

3) Il y a d’autres raisons de santé publique au Japon comme la grippe aviaire qui effraye plus d’un.

De plus, ces masques ne protègent pas contre les particules radioactives. Le gouvernement japonais recommande aux personnes habitant le périmètre des 30km de la centrale nucléaire de se protéger la bouche avec une serviette mouillée s’ils ont besoin de sortir.

Comment as-tu vécu le tremblement de terre ?

J’étais au bureau du Nikkei Youth Network au sixième étage d’un immeuble à Shibuya, Tokyo. Autour de 15h00, nous avons senti une secousse assez forte et notre immeuble se mit à trembler de part en part. Avec Mao, une collègue de NYN, nous sommes descendus au rez-de-chaussée et ensuite nous sommes sortis dans la rue pour voir ce qui se passait. L’immeuble adjacent appartient à l’université de Aoyama Gakuin et il y a une zone en plein air pour se réfugier en cas de tremblement de terre. Nous y sommes donc allés et de là nous vîmes les gratte-ciels bouger comme s’ils étaient en plastic mou. Leurs fenêtres faisaient un bruit très fort comme si elles allaient se briser. Mais les mouvements et les bruits cessèrent au bout d’un quart d’heure et nous décidâmes de remonter au bureau mais nous dûmes redescendre en courant plusieurs fois à cause des répliques.

Voici une vidéo que j’ai enregistrée avec mon téléphone pendant que je descendais dans la rue.

J’ai essayé d’appeler ma femme avec mon fils âgé de 10mois mais toutes les lignes téléphoniques étaient saturées. Et c’est cela qui m’inquiéta le plus car je savais qu’ils étaient quelque part dans un immeuble où se déroulait un salon pour bébés. A 20h00, nous réussissions enfin à nous parler par SKYPE car internet était le seul moyen de communication qui fonctionnait toujours. Et une fois que je les savais sains et saufs, je pus me détendre. Et à ce moment là, je n’étais pas encore au courant du grand désastre qui avait lieu dans le nord du Japon… Pendant que j’attendais de rentrer chez moi et de lire les nouvelles online, je commençai à recevoir de nombreux messages sur facebook et skype de TVN, Canal13, Mercurio, La Tercera, Cuarta, LUN et d’autres qui essayaient de contacter les ressortissants chiliens au Japon. Bien sur, nous sommes peu nombreux ici, (600 selon le chiffre officiel) et ils trouvèrent mes contacts car j’avais créé ce groupe sur Facebook Chiliens au Japon.

Voici quelques-uns des articles qu’ils écrivirent : La Cuarta, El Mercurio de Valparaiso, Emol, La Estrella, El Austral, TVN

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A gauche, une photo de la zone de refuge en plein air après le tremblement de terre, a droite, une photo d’un homme avec sa couverture de survie.

Comment es-tu rentré chez toi le jour du tremblement de terre ?

Je voulais rentrer chez moi mais il n’y avait plus aucun train en marche. Alors j’ai regardé et calculé combien de temps cela me prendrait de rentrer chez moi à Yokohama à pied ; conclusion, 23km donc une marche de 5 à 6heures avec sur le chemin probablement beaucoup de gens en panique… J’ai donc décidé de suivre les instructions du gouvernement japonais et d’attendre au bureau. Et enfin vers les 23.30, la ligne de trains que je prends était de nouveau opérationnelle. Par mesure de précaution, la vitesse des trains étaient réduite de moitié et j’ai donc mis trois heures à arriver chez moi. Je pris ma femme et mon fils déjà endormi dans ses bras dans les miens et les ai serrés très fort.

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La photo de gauche montre à quel point les étales des épiceries ouvertes 24h sont vides et à droite, comment les approvisionnements arrivent à 22h00.

Pourquoi n’y a-t-il pas de pillage ? Comment les japonais restent-ils si calmes après un grand tremblement de terre comme celui-ci ?

Il y a déjà quelques cas de pillage dans le nord du Japon mais ce sont le fait d’une petite minorité désespérée qui n’avaient vraiment plus rien à manger. Aucune télévision ne fut volée comme … et a priori il ne devrait pas y en avoir.

Cette question est celle qui me fut le plus souvent posée, et j’ai pu remarquer que beaucoup de journalistes étrangers qui parfois n’avaient même jamais mis les pieds au Japon y allaient de leur explication, souvent erronée, sur le sujet (BBC Magazine, Washington Times). Je suis Nikkei (descendant de Japonais) et je vis ici depuis six ans et je pense pouvoir répondre de façon plus juste (mais qu’on me corrige si j’ai tort).

Le Japon a déjà vécu un désastre encore plus grand, la seconde guerre mondiale. Ce désastre fut de cause humaine et non naturelle. Deux bombes atomiques tuant plus de 200,000 personnes, le bombardement de Tokyo qui en tua plus de 120,000 (et détruit aussi la maison de mon grand père) et bien d’autres attaques pendant la guerre de la part des forces américaines. Les victimes étaient des civiles, des petites gens qui durent vivre des heures noires et qui travaillèrent très dur pendant bien des années pour reconstruire leur pays.

De plus, le Japon est un pays qui se trouve à l’intersection de quatre plaques tectoniques et qui rendent le pays sismique. Le mont Fuji, le volcan le plus haut et le plus beau du Japon, se trouve lui-même au milieu de trois d’entre elles et son éruption entrainerait la disparition de Shizuoka, Kanagawa et Tokyo sous la lave et les cendres.

De ce fait, les Japonais vivent avec l’attente du GRAND tremblement de terre qui peut survenir à tout moment. Alors lorsque la terre trembla le 11 Mars, beaucoup se dirent la même chose, que LE grand tremblement de terre dont on leur a parlé depuis des années avait lieu.

Dans toutes les écoles et dans la plupart des entreprises, il y a des simulations d’évacuation auxquelles j’ai participé également et ce de façon annuelle ou même semestrielle. Ces exercices sont répétés et nous essayons de les perfectionner à chaque fois, en chronométrant chaque simulation pour voir si nous avons atteint un nouveau record. Ce sont ce genre d’activités qui préparent les Japonais aux tremblements de terre d’un point de vue pratique.

Mais il y a aussi le facteur culturel et éducatif. Le Japon est un pays où vivent plus de 120millions de personnes sur principalement quatre îles (la densité de population est onze fois plus élevée qu’aux États-Unis). Sans ce code de bonne conduite, il serait très difficile de vivre ici. Parfois les Japonais sont critiques pour être timides ou bien de ne pas exprimer leurs sentiments ou bien qu’ils ne réagissent pas assez vite lorsqu’ils doivent prendre des décisions. Je pense que cela a beaucoup à faire avec le mot « Wa » ou “和 “en japonais qui veut dire harmonie. Cette harmonie est très importante au Japon et c’est elle qui est en train d’aider a maintenir l’ordre dans le nord du pays en ce moment même.

Beaucoup d’entre vous connaissent certainement le fameux principe en or de “ il faut traiter son prochain comme nous voudrions que les autres nous traitent.”

Au Japon, ce principe est différent, il devient « il faut traiter son prochain comme IL voudrait être traité. »

Avec cet exemple je voudrais illustrer la façon dont les Japonais pensent. Le fondement de la pensée est centrée sur “l’autre” ou le groupe, et il s’agit vraiment de penser à l’autre et non d’imposer ses propres idéaux aux autres. Cette culture de l’empathie est vraiment l’ingrédient secret qui maintient le calme même dans la situation actuelle.

Ce que je voudrais vous dire avant tout

Ce sont des temps dures pour le Japon et les gens qui y vivent. Le seul fait de savoir que plus de 8,000 personnes ont perdu la vie et que plus de 10.000 sont encore portées disparus est déchirant. Je regarde les informations mais j’essaye d’ignorer les interviews personnelles des familles qui sont à la recherche de leurs bien aimés disparus. Parfois, sans le vouloir, je me mets à leur place et ne fusse que m’imaginer que cela pourrait m’arriver, je n’en dors pas. Et dans ces moments de tristesse et d’angoisse, je me rendis compte de la force qu’ont les enfants.

Dimanche, deux jours après le tremblement de terre, nous sommes allés avec ma femme et mon fils au parc près de chez nous pour changer d’air et pour essayer d’oublier pour un court moment ce qui était en train de se passer. Sur le chemin pour arriver au parc, mon fils de dix mois souriait et essayait dans son langage de bébé de parler aux passants. Et se changeaient alors en sourire ces visages fermés et tristes.

Lorsque je regarde trop les informations, mon fils fait la même chose avec moi. Il me sourit et me fait rire. Il m’a appris qu’il fallait sourire et penser de façon positive. Que le pire est déjà passé et qu’il faut que j’utilise toute mon énergie à aider avec ce que je peux ce pays, qui est aussi à moitié le mien et qui nous a donné sécurité et tranquillité même au milieu de la crise actuelle. Merci mon fils pour m’aider ta mère et moi à penser positive de nouveau.

Je vous laisse avec un photo de mon fils au parc dont je vous ai parlé pour que nous nous souvenions qu’il faut sourire, qu’il faut penser de façon constructive, à des choses positives qui aident à améliorer cette situation et non à l’empirer. Merci d’avoir lu jusque là et laissez moi vos commentaires, bons ou mauvais ci dessous.

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